Routes vers une agriculture durable en Méditerranée
Des champs arides d’Afrique du Nord aux terres agricoles du sud de l’Europe, l’UICN Med et ses partenaires tracent une voie de transformation pour l’agriculture, reliant des paysages sains à des chaînes de valeur résilientes, des politiques de soutien et un savoir renforcé.
Corridor Caroubier project (Tunisia)
Dans toute la région, l’UICN œuvre pour changer la manière dont nous traitons le sol, cette fine couche vivante qui nourrit nos cultures, régule l’eau et stocke le carbone. Ces dernières années, six projets emblématiques - SOILGUARD, NBSoil, NATAE, ResAlliance, Farclimate et Curiosoil - ont convergé vers une mission commune : protéger et restaurer les fondations de l’agriculture tout en reconnectant agriculteurs, scientifiques et communautés à la terre dont ils dépendent.
De la science à l’action
Le travail commence par la connaissance. À travers SOILGUARD et NBSoil, l’UICN Med a évalué 19 interventions agricoles et de gestion des terres en Europe et en Méditerranée, en appliquant la Norme mondiale de l’UICN pour les solutions fondées sur la nature. Ces projets produisent des preuves concrètes du rôle des sols sains dans le soutien à la biodiversité, la réduction des chocs climatiques et le maintien de la productivité agricole. Dans les deux projets, l’UICN Med a également contribué à formuler des recommandations scientifiques en matière de politiques et de conservation de la biodiversité.
NBSoil est allé plus loin, en co-créant un parcours de formation pour les conseillers en sols : des cours en ligne aux activités de terrain, il prépare une nouvelle génération de praticiens capables de diagnostiquer la santé des sols et de conseiller sur des pratiques durables.
L’agroécologie prend racine en Afrique du Nord
Dans le cadre du projet NATAE, l’UICN Med cherche à devenir un pont entre les politiques, le suivi, les réseaux de collaboration et le travail agricole. L’équipe a également introduit son Cadre de suivi de la santé des terres (Land Health Monitoring Framework) dans des universités travaillant avec des « laboratoires vivants » en Afrique du Nord, jetant les bases d’une recherche et d’une pratique collaboratives. De plus, NATAE a créé MEDAE, un réseau régional promouvant l’agroécologie.
Sur le terrain, des sites pilotes sont désormais suivis afin d’observer les « espèces fonctionnelles » qui maintiennent les agroécosystèmes en bonne santé, des pollinisateurs aux organismes du sol, fournissant une base de référence pour les actions futures.
Changer l’environnement favorable : les personnes au centre
Le projet Curiosoil adopte une approche différente : au lieu de s’adresser uniquement aux experts et aux agriculteurs, il cible les étudiants et les enseignants, en s’intégrant au système éducatif de 16 pays. Son objectif est de susciter la curiosité pour le sol, en intégrant son importance dans les écoles, les programmes communautaires et le débat public. En aidant les gens à voir le sol non pas comme de la « terre », mais comme un écosystème vivant et vital, Curiosoil cherche à changer les attitudes culturelles envers sa préservation. De son côté, Farclimate se concentre sur le développement de laboratoires vivants pour aider les communautés à mieux comprendre les risques climatiques liés à l’agriculture.
À travers le réseau ResAlliance (appelé LandNet), l’UICN Med partage des connaissances sur la manière dont les agriculteurs et les forestiers peuvent renforcer leur résilience face au changement climatique. Ce réseau crée une plateforme d’échanges où les gestionnaires de terres méditerranéens peuvent partager des solutions, allant des techniques d’économie d’eau aux systèmes de cultures résistants au feu. L’équipe a également contribué de manière significative à la création d’un MOOC qui analyse les principaux défis liés au changement climatique auxquels sont confrontés les agriculteurs et les forestiers.
Les systèmes alimentaires urbains font aussi partie du tableau. Une étude menée par l’UICN Med dans 17 villes méditerranéennes a examiné comment la conservation de la biodiversité est intégrée dans les politiques agroalimentaires, mettant en évidence des opportunités pour renforcer le lien entre la consommation alimentaire urbaine et la production durable dans les paysages ruraux.
Un mouvement régional pour des terres en bonne santé
« Ces initiatives peuvent différer par leur portée et leur approche, mais ensemble elles orientent l’agriculture méditerranéenne vers un avenir où la biodiversité prospère dans les paysages cultivés, où les agriculteurs deviennent les gardiens de la terre et où les politiques travaillent avec la nature, et non contre elle », explique Mercedes Muñoz, coordinatrice du programme Conservation de la nature et systèmes alimentaires de l’UICN Med.
Dans une région où les sécheresses s’allongent, les populations augmentent et les terres fertiles sont soumises à une pression constante, l’enjeu n’a jamais été aussi crucial. « Un sol sain n’est pas seulement l’affaire des agriculteurs », affirme Mercedes Muñoz. « C’est l’affaire de tous. Car sans lui, il n’y a ni nourriture, ni sécurité de l’eau, ni résilience. »
Pour en savoir plus :
Soilguard policy brochure For the Soil Monitoring and Resilience Directive
Analysing NBS categories through the IUCN Global Standard for NBS on soil health - initial version
MEDAE A multi-actor network on agroecology in the Mediterranean
* Cet article a été rédigé pour présenter les actions menées par l’UICN Med et ses partenaires en Méditerranée, dans le cadre du Congrès mondial de la nature de l’UICN, en soulignant comment l’expérience régionale peut contribuer aux débats et solutions mondiaux en matière de conservation.